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    Définition de "Galvachers"

    Les galvachers étaient à l'origine des agriculteurs originaires du Morvan, devenus charretiers et transporteurs par nécessité (le Morvan étant très pauvre). Ils partaient « se louer » avec leurs chariots et leurs boeufs afin de réaliser des travaux requérant une forte puissance de traction. Il s'agissait essentiellement du débardage des forêts. Ce métier a pris une forte expansion au XIXe siècle pour s'éteindre après la Seconde Guerre mondiale.

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    Pour Paul Delarue (folkloriste français) et Achille Millien (poète et folkloriste français

    Qu'était-ce donc que ces galvachers au nom étrange ? C'étaient des charretiers du Morvan qui, durant la belle saison, entreprenaient dans des contrées éloignées des charrois qu'ils exécutaient avec des boeufs amenés de chez eux. Trompés par le rapprochement facile du mot avec gallus, gaulois, certains auteurs locaux ont voulu voir dans le nom du galvacher morvandiau le souvenir du bouvier gaulois alors que, selon de Eugène Pelletier de Chambure, la particule gal aurait un sens péjoratif que l'on retrouve en vieux français et dans nombre de mots du terroir. Et, si les chercheurs qui ont tenté d'expliquer plus scientifiquement l'origine du mot ne sont pas d'accord sur son étymologie, tous, du moins Edmond Bogros (médecin, écrivain régionaliste et ancien maire de Château-Chinon) dans son Histoire de Château-Chinon,  Eugène Pelletier de Chambure dans son Glossaire du Morvan et François-Hippolyte Jaubert dans son Glossaire du Centre, sont unanimes à affirmer que la galvache implique une idée de vie errante et relâchée.

      

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    Pour Marcel Vigreux (historien français) - La Galvache et les Galvachers

    D'où vient ce mot curieux de "Galvacher" ?
    Est-ce le "vacher gaulois", successeur moderne du bouvier antique, comme l'affirment certains, faisant de "gal" - gallus -, gaulois ?
    Dès 1878 pourtant, Eugène de Chambure, dans son Glossaire du Morvan, écrivait que "la galvache implique l'idée d'une vie errante et relâchée". Il citait même le mot "galvachou", "coureur de grands chemins, vagabond".
    Le sens et l'origine du mot "galvacher" ont été définitivement donnés, par un Morvandiau authentique, le meilleur spécialiste des patois du Morvan et de l'ancien Français, Claude Régnier, Professeur à la Sorbonne :

    Les "galvachers" sont bien des "voituriers morvandiaux qui descendent de leurs montagnes pour exercer leur profession de petits entrepreneurs de transport". Le mot n'est pas d'origine morvandelle, mais berrichonne : galvache est une déformation de "galouache" ou "galouage", le fait de "courir les chemins".
    "En fait, il s'agit bien de termes péjoratifs au départ. Les surnoms ne sont jamais élogieux, même à l'intérieur du même groupe humain. Voici des exemples morvandiaux : les habitants de Saint Léger-de-Fougeret, qui passent pour vaniteux, ont reçu de leurs voisins le nom de "dresse- oreilles" et les gens d'Arleuf sont les rô d'Arleuf. On a soutenu qu'ils devaient ce surnom au fait qu'ils se précipitaient comme des rô (des éperviers) sur les jolies filles de Château-Chinon ; la bonne blague! Ils le doivent à l'emploi fréquent qu'ils font de rô, soit pour "le" (celà) - I vâ rô i dire - "je vais le lui dire" soit pour "leur" - I atât reû se rô - "j'avais été chez eux" : les habitants des villages qui n'emploient pas "rô" se figurent qu'ils parlent mieux !...
    A plus forte raison les appellations seront-elles dénigrantes lorsqu'elles sont données par des hommes de la plaine à des hommes de la montagne, par des sédentaires à des travailleurs ambulants. "
    II faut donc renoncer à trouver une origine noble à galvacher ; mais les descendants de ces vaillants ne s'en porteront pas plus mal".

    "Galvacher" est un surnom, donné, par moquerie, aux charretiers morvandiaux, par les Berrichons, chez qui ils venaient faire des charrois : le Galvacher, montagnard jugé et un peu méprisé par les gens de la plaine, est un "traîneur de chemins".

     

    Historique

    Traditionnellement, les galvachers quittaient leurs villages du Morvan au 1er Mai après avoir planté les pommes de terre. Le Morvan étant très pauvre, ils partaient donc par nécessité pour plusieurs mois (6 mois), laissant femmes et enfants et  parcouraient les départements et les contrées voisines, dénommés les "Pays-Bas" car beaucoup moins élevé que les terres morvandelles pour se louer avec leurs attelages et leurs boeufs. Ils ne rentraient qu'à la Saint-Martin (11 novembre) et passaient leurs hivers à faire les débardages forestiers chez eux et à réviser leurs attelages, leurs harnais, les jougs et les fers de leurs bêtes.  

    Le "Chant des Galvachers" dont le rythme évoqe la nostalgie, traduit fort bien ce que pouvait représenter la vie de ces galvachers au moment du départ pour ces contrées lointaines. Ce chant délivre un message de désespoir face à une fatalité économique qui est ici délivrée.

    Les Lieux où ont travaillé les galvachers sont variés et plus ou moins éloignés du pays. Ceux qui figurent bien évidemment dans le "Chant des galvachers" et qui sont finalement à proximité, dans le Cher, l'Yonne, la Côte d'Or, l'Allier, la Saône et Loire, la Nièvre.

    En revanche certains d'entre eux sont allés beaucoup plus loin: la Beauce, la Brie, la Picardie, la Champagne, le Nord, la Lorraine, les Ardennes et même en Normandie. Bref des distances de 250-350 kilomètres, une véritable expédition pour atteindre les coupes au pas des boeufs.

    Des témoignages concordent fidèlement : on comptait des étapes de 25 kilomètres par jour et les plus longs voyages duraient 10 à 12 jours.

    ...On pense bien que, lorsque s'ouvrirent les grands chantiers de construction de la ligne de Paris à Lyon et à la Méditerranée, ils furent les premiers à s'engager pour charrier les montagnes de terre et de pierre qu'il fallait déplacer ("déblai égale remblai") pour faire passer le rail par-dessus les vallées. C'est ainsi qu'à partir de 1848 et surtout après le coup d'État de 1851, lorsque Napoléon III fit entreprendre la réalisation du programme ferroviaire de 1842, la "galvache" connut une période de prospérité soudaine.

    Plus tard, à la fin du XIXème et au XXème siècle, on a souvent eu recours au chemin de fer mais beaucoup sont restés fidèles à la marche.

    déplacements des Galvachers au XIXe siècle

     

      

      

    Le bœuf est au cœur du métier de galvacher à tel point que l'on peut parler d'une « civilisation du bœuf ».

    La relation entre l'homme et l'animal, jadis privilégiée au sein du monde rural, pris ici, chez les galvachers du Morvan, une étrange dimension tout à la gloire de la civilisation pastorale. De l'achat de la bête lors des grandes foires comme la Saint Ladre à Autun (Saône et Loire) jusqu'à son utilisation première, c'était toute une éducation complexe qu'il fallait mettre en œuvre afin de faire obéir et travailler un animal qui pouvait peser jusqu'à une tonne. 

    Le sombrage

     

    La totalité des textes écrits par des observateurs étrangers, le plus souvent lettrés, évoquent l'habileté de ces animaux athlétiques, comme leur étrange complicité vis à vis du maître qui, usant le plus souvent de sa seule voix, mène son charroi. Ils sont disposés naturellement à oeuvrer sur les plans inclinés, dans les chemins difficiles et pénibles, au travers des terrains abruptes comme des ravins les plus dangereux. Tous ces auteurs qui pensaient de semblable façon, notaient en conclusion : "c'est qu'en effet, aucune race sans doute, ne peut égaler l'adresse de ces boeufs Morvandiaux, petits, sobres, intelligents et travailleurs !".

    La race bovine morvandelle a un type particulier, c'est un pur sang ; elle se distingue par la largeur du coffre, la beauté régulière des cornes, les jambes grosses et courtes, et la distribution franche et vive des couleurs. Ces animaux sont adroits et vigoureux, de taille moyenne, et très-propres aux charrois.

     L'habileté des galvachers morvandiaux s'était forgée sur le massif : sur les pentes raides de leur montagne, les galvachers étaient devenus d'extraordinaires conducteurs d'attelages. Ils utilisèrent d'abord des vaches, puis des boeufs au XIXème siècle, ce qui les distinguaient des charretiers locaux, boeufs roux de race dite morvandelle - ou "bétail rouge" -, courts et trapus, forts et courageux, dociles aux galvachers. Avec l'introduction progressive de la race nivernaise en Morvan, les boeufs des galvachers, croisés avec la race locale, sont devenus des "boeufs barrés", c'est-à-dire roux et blancs, enfin totalement blancs à la fin du siècle dernier : ce sont ces grands boeufs blancs nivernais, aux longues cornes, que nous montrent les plus anciennes photographies et cartes postales.

     

     

    Transport

       

    Les techniques employées étaient variées et ont évolué avec le temps. Elles permettaient de charger sur les charrettes des grumes d'une dimension parfois extraordinaire et pesant plusieurs tonnes. Le spectacle de la lente traction des grumes au rythme chaloupé des bœufs encouragé par le galvacher marchant devant le joug, l'aiguillon au travers des cornes au son d'un chant très particulier appelé « tiaulage » était fort impressionnant.

     Si on avait une coupe de bois à débarder, un lot de troncs de "châgnes" (chênes) à descendre vers les usines de meubles d'Autun ou, plus tard, vers les gares, on leur faisait signe, on discutait des conditions, on topait et l'homme et ses bêtes commençaient le travail : il était à vous, lui et son attelage.

     Certains villages du Haut-Morvan étaient presque vides pendant quatre ou cinq mois de leur population masculine valide; c'étaient, il faut le dire, les paroisses les plus pauvres. Ces gens dont la "biaude" était longue jusqu'aux dessous du genou (elle leur servait d'imperméable alors que le grand chapeau-coulemelle leur tenait lieu de parapluie) chantaient sans arrêt tant que les boeufs devaient marcher ; s'ils se taisaient, les boeufs s'arrêtaient...

     

     Le 7 mai 1889 le Foudre Mercier  (160 000 litres, 20 tonnes, tiré par 12 paires de bœufs du Morvan depuis Epernay atteint enfin l’Exposition universelle de Paris
    sous les acclamations d’une foule enthousiasmée par cette nouvelle Vedette rivale de la Tour Eiffel.

     


     

     

     

     

     

     
     

     

         

     

     

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